En France, plus d’un médicament vendu sur trois est un générique. Selon les données de la Caisse nationale d’Assurance Maladie (CNAM), le taux de pénétration des génériques dans les officines françaises avoisine 35 % du volume de boîtes dispensées — un chiffre en progression constante depuis la mise en place du droit de substitution des pharmaciens en 1999. Pourtant, une enquête Ipsos publiée en 2025 révèle que 42 % des Français doutent encore de l’efficacité des génériques par rapport aux médicaments dits “de marque”. Ce guide fait le point sur ce que garantit réellement la bioéquivalence, ce que le tiers payant change pour votre pharmacien, et dans quels cas le générique est impossible à substituer.

Pour comprendre le fonctionnement du tiers payant généralisé, qui dispense souvent d’avancer les frais de santé, il faut d’abord saisir comment les génériques s’inscrivent dans le système de remboursement français.

Qu’est-ce qu’un médicament générique ?

Un médicament générique est une copie d’un médicament dit “princeps” (le médicament de référence, souvent le premier mis sur le marché). Il contient la même substance active (le principe actif), à la même dose, sous la même forme pharmaceutique (comprimé, gélule, sirop…). Sa mise sur le marché est autorisée par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) à l’expiration du brevet du médicament original, généralement après 10 à 20 ans.

Le terme “générique” ne signifie pas “moins bien” : il désigne simplement un médicament dont la commercialisation est possible parce que le brevet qui protégeait le principe actif est tombé dans le domaine public. Le fabricant du générique n’a pas eu à financer la recherche initiale, ce qui lui permet de proposer un prix inférieur — d’où un coût moindre pour l’Assurance Maladie et, indirectement, pour le contribuable.

Selon l’ANSM, plus de 17 000 spécialités génériques sont autorisées en France. La plupart des médicaments les plus prescrits — antibiotiques courants, antihypertenseurs, statines, antidépresseurs — disposent de plusieurs génériques en officine.

Bioéquivalence : qu’est-ce que ça garantit vraiment ?

La notion centrale pour comprendre l’efficacité des génériques est la bioéquivalence. Avant d’autoriser un générique, l’ANSM exige que le laboratoire démontre que son médicament est bioéquivalent au princeps : c’est-à-dire que la substance active est absorbée de la même façon par l’organisme, dans les mêmes quantités et au même rythme.

Concrètement, les études de bioéquivalence mesurent deux paramètres pharmacocinétiques :

  • la Cmax : la concentration maximale du principe actif dans le sang
  • l’AUC (aire sous la courbe) : la quantité totale de principe actif absorbée

L’ANSM exige que ces valeurs se situent dans un intervalle de ± 20 % par rapport au princeps (en pratique, les études montrent un écart moyen de ± 5 %). Cela signifie que le générique n’est pas identique au princeps — il est équivalent, ce qui est suffisant pour produire le même effet thérapeutique.

Ce que la bioéquivalence ne garantit pas : la formulation exacte (excipients, colorants, conservateurs), l’aspect visuel, le goût, ni le conditionnement. Ces différences peuvent avoir une importance pour les patients allergiques à certains excipients — auquel cas il convient d’en informer son pharmacien ou son médecin.

Génériques et princeps : les vraies différences

ParamètrePrincepsGénérique
Principe actifIdentiqueIdentique
DosageIdentiqueIdentique
Forme galéniqueIdentiqueIdentique
ExcipientsPropres au laboratoirePeuvent différer
Prix publicPlus élevé30 à 60 % moins cher
ApparencePropre au laboratoirePeut différer
EfficacitéRéférenceBioéquivalente

Les différences visuelles (couleur, taille, forme du comprimé) sont parfois source de confusion chez les patients âgés ou polymédiqués. Ce n’est pas un problème de qualité : c’est une conséquence du droit de propriété intellectuelle — le laboratoire princeps peut protéger la forme visuelle de son comprimé. Un pharmacien peut vous expliquer la substitution et vous montrer la correspondance.

Le remboursement des génériques en 2026

Les génériques sont remboursés par l’Assurance Maladie au taux correspondant au tarif de remboursement du princeps. En pratique, si le princeps est remboursé à 65 %, le générique l’est également à 65 % — et comme son prix est inférieur, le reste à charge en valeur absolue est moindre.

Pharmacien expliquant la substitution générique à un patient

Depuis 2012, si un patient refuse la substitution par un générique sans raison médicale valide, il peut être remboursé sur la base du tarif forfaitaire de responsabilité (TFR). Ce TFR correspond au prix du générique le moins cher disponible dans la même classe. Le patient paie alors la différence entre le prix du princeps et ce TFR — ce qu’on appelle le “malus génériques”.

En revanche, si le médecin a inscrit “NS” (non substituable) sur l’ordonnance, le pharmacien ne peut pas substituer et le remboursement s’effectue normalement sur la base du princeps.

Pour les bénéficiaires de la Complémentaire Santé Solidaire (CSS), la substitution générique est quasi-systématique : le reste à charge est nul ou très faible.

Tiers payant et médicaments génériques

Dans le cadre du tiers payant, le pharmacien dispense le médicament sans que le patient n’ait à avancer les frais pris en charge par la Sécu. Si le médecin a prescrit un princeps, le pharmacien proposera le générique disponible dans l’officine — et le tiers payant s’applique sur ce générique.

Si le patient refuse le générique, plusieurs situations se présentent :

  • Avec NS sur l’ordonnance : le tiers payant s’applique sur le princeps, aucun problème.
  • Sans NS et refus du patient : le pharmacien peut délivrer le princeps, mais le remboursement Sécu se fera sur la base du TFR. Le patient avance la différence ou paye la totalité si le tiers payant n’est pas applicable.

Cette mécanique incite à accepter les génériques pour ne pas avoir de reste à charge inattendu. Les patients en ALD (affection de longue durée) qui bénéficient du tiers payant intégral sont particulièrement concernés.

Le pharmacien peut-il substituer sans votre accord ?

Depuis la loi Bertrand de 2011 et ses évolutions successives, le droit de substitution du pharmacien est encadré :

Boîtes de médicaments génériques et princeps

  1. Si l’ordonnance ne porte pas la mention “NS” : le pharmacien peut substituer le médicament princeps par un générique équivalent. Il doit informer le patient et noter la substitution sur l’ordonnance.
  2. Si l’ordonnance porte “NS” : le pharmacien ne peut pas substituer, quelle que soit la raison.
  3. Le patient peut refuser la substitution, mais il assume alors le surcoût éventuel (voir ci-dessus).

La mention “NS” est réservée à des situations médicalement justifiées : épilepsie (marge thérapeutique étroite), troubles psychiatriques avec traitements sensibles à la bioéquivalence, allergies documentées aux excipients du générique. Le médecin doit être en mesure de justifier cette mention.

Depuis 2020, la substitution est aussi possible pour les médicaments biosimilaires dans certaines conditions (voir ci-dessous). L’ordonnance “biologique” avec mention “NS bio” suit les mêmes règles.

Les cas où le générique est impossible (mention NS)

Plusieurs situations justifient la mention “NS” :

Médicaments à marge thérapeutique étroite Pour certains médicaments, une variation même faible de la concentration sanguine peut entraîner une perte d’efficacité ou une toxicité. La mention “NS” est recommandée par la HAS pour :

  • les antiépileptiques (lévétiracétam, carbamazépine, phénytoïne)
  • les anticoagulants oraux (AVK comme la warfarine)
  • les immunosuppresseurs (ciclosporine, tacrolimus)
  • les hormones thyroïdiennes (lévothyroxine — mais cette recommandation fait débat)

Allergie documentée aux excipients Si un patient est allergique à un excipient présent dans le générique disponible en officine (lactose, amidon, colorants azoïques…), la mention “NS” est justifiée. Le médecin doit documenter l’allergie dans le dossier médical.

Raisons cliniques spécifiques Certains patients, notamment psychiatriques, peuvent avoir un traitement très personnalisé où le changement de présentation (aspect, goût) perturbe l’observance. La mention “NS” peut être justifiée dans ce contexte, à apprécier au cas par cas.

Les médicaments biosimilaires : un cas particulier

Les biosimilaires sont l’équivalent des génériques pour les médicaments biologiques — c’est-à-dire issus du vivant (anticorps monoclonaux, insulines biologiques, érythropoïétines…). Ils ne peuvent pas être strictement “génériques” car leur molécule est trop complexe pour être reproduite à l’identique.

L’autorisation de substitution des biosimilaires par le pharmacien a été encadrée par la loi de financement de la Sécurité sociale 2020 :

  • La substitution est possible lors du primo-traitement (premier traitement du patient avec cette molécule)
  • Elle n’est pas possible si le patient est déjà stabilisé sous un médicament biologique de référence ou sous un biosimilaire donné

Cette règle vise à éviter les changements de biosimilaire en cours de traitement chronique, susceptibles de poser des problèmes d’immunogénicité ou d’observance.

Les économies pour la Sécurité sociale

L’enjeu financier des génériques est considérable. Selon la CNAM, la politique de substitution générique a permis d’économiser plus de 3,5 milliards d’euros par an pour l’Assurance Maladie, évitant une hausse équivalente des cotisations sociales ou des déremboursements.

Pour les familles, famillesdurables.fr propose un éclairage sur l’alimentation et la santé au quotidien. Pour votre complémentaire santé, accepter les génériques réduit les remboursements complémentaires nécessaires — ce qui, à l’échelle des assurés, peut contribuer à limiter la hausse des cotisations mutuelles.

En Europe, la France reste en dessous de la moyenne européenne pour le taux de pénétration des génériques (35 % contre 60-70 % en Allemagne ou au Royaume-Uni). Cet écart s’explique notamment par la méfiance résiduelle de certains patients et par des pratiques de prescription encore orientées vers les princeps.

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