L’arthrose touche environ 10 millions de Français, avec une prévalence qui augmente fortement après 50 ans. Cette maladie dégénérative, souvent perçue comme une fatalité liée au vieillissement, altère profondément la qualité de vie de nombreuses personnes. Elle se caractérise par une usure progressive du cartilage articulaire, entraînant douleur, raideur et perte de mobilité. Face à ce défi de santé publique, les avancées médicales de ces dernières années offrent de nouvelles perspectives.

Rhumatologue libérale à Bordeaux depuis 22 ans, la Dr Nathalie Bertrand est spécialisée dans la prise en charge de l’arthrose et des maladies articulaires dégénératives. Elle répond à nos questions.

Dr Nathalie Bertrand, rhumatologue libérale à Bordeaux
Dr Nathalie Bertrand Rhumatologue libérale, Bordeaux

Spécialisée en rhumatologie dégénérative depuis 22 ans, la Dr Nathalie Bertrand reçoit en cabinet des patients souffrant d'arthrose du genou, de la hanche et des mains. Elle accompagne également des seniors dans la transition vers des thérapies non médicamenteuses.

Interview : arthrose en 2026, traitements et nouvelles approches

Marie Chevalier — Docteur Bertrand, qu’est-ce que l’arthrose exactement ? Dr Nathalie Bertrand — L’arthrose est une maladie articulaire chronique caractérisée par la dégradation progressive du cartilage qui recouvre les extrémités des os. Ce tissu lisse et élastique permet normalement un glissement sans friction lors des mouvements. Lorsque le cartilage s’amincit et se fissure, l’os sous-jacent se modifie, formant des ostéophytes et provoquant une inflammation locale. Les articulations les plus fréquemment touchées sont le genou, la hanche, les mains et le rachis. Contrairement à la polyarthrite rhumatoïde, qui est une maladie auto-immune inflammatoire touchant plusieurs articulations de façon symétrique, l’arthrose est avant tout mécanique et dégénérative. Elle touche plus souvent les femmes après la ménopause et les personnes ayant subi des traumatismes ou des surcharges répétées. Cette distinction est essentielle pour orienter le diagnostic et le traitement adapté. bilan de santé à 40 ans

Marie Chevalier — Quels sont les principaux facteurs de risque ? Dr Nathalie Bertrand — L’âge constitue le premier facteur de risque : après 50 ans, la prévalence augmente nettement. Le surpoids accélère l’usure des articulations portantes comme le genou et la hanche. La prédisposition génétique joue également un rôle, tout comme les antécédents de traumatismes ou de fractures articulaires. Les activités professionnelles ou sportives répétitives, impliquant des mouvements identiques ou des charges lourdes, favorisent l’apparition précoce de l’arthrose. Chez les femmes, la ménopause marque souvent un tournant en raison de la chute des œstrogènes qui protègent le cartilage — c’est aussi la période où la fragilité osseuse et arthrose représentent un double défi chez les seniors, les deux pathologies se cumulant fréquemment après 55 ans. Enfin, certaines malformations congénitales ou des désalignements articulaires peuvent prédisposer à une usure accélérée. Une prévention santé adulte rigoureuse permet de limiter ces facteurs modifiables.

Marie Chevalier — Que peut-on faire avec les médicaments classiques ? Dr Nathalie Bertrand — Le paracétamol reste le traitement de première intention en raison de sa bonne tolérance. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens topiques constituent une excellente alternative locale, limitant les effets secondaires digestifs. Les AINS oraux sont prescrits sur de courtes périodes, en tenant compte des risques cardiovasculaires et rénaux. Les opioïdes faibles ne sont utilisés qu’en dernier recours et pour des durées limitées. Quant aux médicaments dits chondroprotecteurs, leur efficacité reste controversée selon les recommandations de la HAS ; ils peuvent apporter un soulagement modeste chez certains patients mais ne modifient pas l’évolution de la maladie. L’objectif principal est de contrôler la douleur tout en préservant la fonction articulaire.

Consultation rhumatologique pour arthrose du genou

Marie Chevalier — Les infiltrations : à qui, quand, et sont-elles remboursées en 2026 ? Dr Nathalie Bertrand — Les infiltrations de corticoïdes sont remboursées par la Sécurité sociale au tarif de convention et indiquées en cas de poussée inflammatoire résistante aux traitements oraux. Elles ne doivent pas dépasser trois à quatre par an et par articulation pour éviter une dégradation accélérée du cartilage. La viscosupplémentation à l’acide hyaluronique, partiellement remboursée pour le genou et parfois la hanche, apporte une lubrification temporaire. La fréquence maximale recommandée reste de trois à quatre injections par an selon l’articulation concernée.

Marie Chevalier — La viscosupplémentation est-elle vraiment efficace ? Dr Nathalie Bertrand — Les études évaluées par la HAS en 2023 montraient une efficacité modeste mais réelle chez certains profils, notamment les patients présentant une arthrose modérée du genou. Elle n’est pas remboursée de façon systématique et son bénéfice varie selon le stade de la maladie et le poids du patient. Elle peut retarder le recours à la chirurgie chez des personnes encore actives.

Marie Chevalier — La kinésithérapie et l’activité physique aident-elles vraiment ? Dr Nathalie Bertrand — Oui, les preuves scientifiques sont solides. Le renforcement du quadriceps réduit la douleur et améliore la stabilité du genou. La natation, le vélo et la marche nordique sont particulièrement recommandés car ils limitent les impacts. La kinésithérapie prescrite sur ordonnance est remboursée et constitue un pilier essentiel du traitement conservateur. Parmi les approches complémentaires plébiscitées, le massage sensitif à Paris propose un travail doux sur le système nerveux autonome, avec des effets documentés sur la régulation du stress et la perception douloureuse — une option intéressante en complément du suivi médical classique.

Marie Chevalier — L’alimentation anti-inflammatoire : mythe ou réalité ? Dr Nathalie Bertrand — Une alimentation riche en oméga-3, fruits et légumes, associée à une réduction des viandes rouges, exerce un bénéfice modeste mais réel sur l’inflammation globale. Il n’existe cependant aucun régime miracle capable de régénérer le cartilage.

Senior nageant en piscine pour soulager l'arthrose

Marie Chevalier — PRP, cellules souches : où en sont ces nouveaux traitements en 2026 ? Dr Nathalie Bertrand — Le PRP reste en cours d’évaluation par la HAS et n’est pas remboursé (300 à 500 € par séance). Les cellules souches sont encore au stade expérimental et nécessitent une grande prudence quant à leur utilisation clinique.

Marie Chevalier — La chirurgie prothétique : quand doit-on y penser ? Dr Nathalie Bertrand — On envisage la prothèse lorsque la douleur devient invalidante, résistante aux traitements conservateurs, et que la perte de mobilité altère fortement la qualité de vie. L’âge moyen se situe généralement au-delà de 65 ans. Les prothèses de genou ou de hanche sont remboursées par la Sécu et durent en moyenne 15 à 20 ans. Une ALD longue durée peut être demandée pour les formes sévères.

La douleur chronique de l’arthrose peut également impacter la santé mentale : combattreladepression.com apporte un éclairage précieux sur ce lien souvent sous-estimé. Pour les proches aidants, famillesdurables.fr propose des ressources pour accompagner un senior au quotidien.

Vrai ou faux sur l’arthrose

AffirmationRéponse de la Dr Bertrand
L’arthrose est inévitable après 60 ansFaux : elle est fréquente mais pas systématique
Le froid aggrave l’arthroseFaux : c’est l’humidité et la pression barométrique qui influencent
Le sport est contre-indiquéFaux : l’activité adaptée est bénéfique
Le glucosamine soulage vraimentControversé : pas de preuve solide selon HAS
La prothèse dure toute la vieFaux : durée de vie 15-20 ans en moyenne

À retenir

  • L’arthrose reste une maladie mécanique dont le traitement repose d’abord sur l’activité physique adaptée et le contrôle du poids.
  • Les médicaments classiques et les infiltrations permettent de soulager la douleur sans modifier l’évolution de la maladie.
  • La kinésithérapie et les exercices de renforcement constituent des piliers essentiels et remboursés.
  • Les nouvelles thérapies comme le PRP nécessitent encore des preuves supplémentaires avant un remboursement éventuel.
  • La pose d’une prothèse doit être discutée lorsque les traitements conservateurs ont échoué et que la qualité de vie est fortement altérée.

Cette page est à visée informative et ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Consultez votre médecin traitant pour tout diagnostic ou traitement.

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