Les maladies cardiovasculaires restent la première cause de mortalite en France, responsables d’environ 140 000 deces par an. Infarctus du myocarde, accident vasculaire cerebral, insuffisance cardiaque : ces pathologies se developpent souvent silencieusement pendant des annees avant de se reveler par un evenement aigu. Or, la grande majorite des facteurs de risque qui les precedent sont accessibles a la prevention : hypertension arterielle, hypercholesterolemie, diabete, tabac, sedentarite, surpoids.
Pour en savoir plus : consultez également prévention du diabète de type 2.
Un bilan cardiovasculaire structure a partir de 40 ans permet de detecter ces facteurs de risque a un stade ou ils sont encore facilement maitrisables, par des mesures hygieno-dietetiques ou, si necessaire, par un traitement medicamenteux. La prevention cardiovasculaire est l’une des interventions de sante publique au meilleur rapport benefice/cout, comme l’a demontre l’evolution de la mortalite cardiovasculaire dans les pays a strategie active de depistage.
Cet article detaille les facteurs de risque cardiovasculaire, les examens du bilan de base, le calcul du risque global selon le score SCORE2 et les leviers d’action concrete. Il s’adresse aux personnes en prevention primaire (sans antecedent cardiovasculaire) et aborde brievement la prevention secondaire.
Les facteurs de risque cardiovasculaire
Les facteurs de risque cardiovasculaire se classent en deux categories : les facteurs non modifiables (age, sexe, antecedents familiaux) et les facteurs modifiables sur lesquels on peut agir. Comprendre cette distinction permet d’orienter les efforts de prevention vers ce qui est reellement maitrisable.
Les facteurs non modifiables
L’age est le principal facteur de risque cardiovasculaire. après 50 ans chez l’homme et 60 ans chez la femme, le risque augmente significativement. Cette donnee biologique justifie l’intensification de la prevention a ces ages.
Le sexe joue un role : les hommes sont plus exposes que les femmes avant la menopause, qui se trouvent partiellement protegees par les oestrogenes. après la menopause, le risque feminin rejoint progressivement celui de l’homme.
Les antecedents familiaux d’evenements cardiovasculaires precoces (infarctus avant 55 ans chez le pere ou un frere, avant 65 ans chez la mere ou une soeur) doublent environ le risque personnel. Ces antecedents justifient un suivi renforce des l’age de 40 ans, voire plus tot.
Les facteurs de risque modifiables
L’hypertension arterielle est le principal facteur de risque modifiable. Une tension superieure a 140/90 mmHg multiplie par deux a trois le risque d’infarctus et d’AVC. Sa detection precoce et sa prise en charge sont une priorite : notre guide complet sur prévenir et traiter l’hypertension artérielle détaille les seuils HAS 2026, les classes médicamenteuses remboursées et le suivi tensionnel à domicile.
L’hypercholesterolemie, particulierement l’elevation du LDL-cholesterol, contribue au developpement des plaques d’atherome qui obstruent les arteres. Le taux cible varie selon le risque global : très bas chez les personnes a haut risque, plus eleve chez les personnes en prevention primaire.
Le diabete multiplie par deux a quatre le risque cardiovasculaire. Sa detection precoce permet d’engager des mesures preventives avant l’apparition des complications. Le prediabete (glycemie comprise entre 1,10 et 1,26 g/L a jeun) est déjà associe a un risque accru.
Le tabac est un facteur de risque majeur, multipliant par deux a trois le risque cardiovasculaire selon l’intensite de la consommation. Son arret reduit le risque rapidement, avec une normalisation progressive sur plusieurs annees.
La sedentarite et le surpoids augmentent l’ensemble des facteurs de risque. L’activite physique reguliere (150 minutes par semaine d’activite moderee) reduit le risque cardiovasculaire de 20 a 30%, independamment des autres facteurs.
L’interaction entre facteurs
Les facteurs de risque interagissent et se potentialisent. Une personne combinant hypertension, diabete et tabac n’a pas un risque qui s’additionne mais qui se multiplie. Le calcul du risque global, via des outils comme le score SCORE2, integre cette interaction et permet une evaluation realiste. Le stress chronique et l’epuisement professionnel pesent aussi sur la balance cardiovasculaire : notre entretien avec une psychologue du travail sur la reconnaissance du burnout en 2026 revient sur les signaux precoces a ne pas negliger.
La mesure de la tension arterielle
La tension arterielle est l’un des parametres cardiovasculaires les plus importants et les plus simples a mesurer. Sa surveillance reguliere après 40 ans est essentielle.
Les valeurs normales et pathologiques
Les seuils ont ete reactualises par les societes savantes europeennes en 2018. La tension est consideree comme normale en dessous de 140/90 mmHg en mesure de cabinet. L’hypertension est definie a partir de 140/90 mmHg confirmee a plusieurs consultations. Les valeurs intermediaires (130-139/85-89 mmHg) sont qualifiees de tension haute normale et justifient une surveillance.
En automesure a domicile, les seuils sont legerement inferieurs : 135/85 mmHg pour le diagnostic d’hypertension, en raison de l’absence d’effet blouse blanche. L’automesure est aujourd’hui recommandee pour confirmer un diagnostic d’hypertension suspectee en cabinet.
Le protocole de mesure
La mesure en cabinet doit suivre des regles precises pour etre fiable. Le patient doit etre au repos depuis au moins 5 minutes, en position assise, le dos appuye, les pieds a plat sur le sol, le bras soutenu a hauteur du coeur. Le brassard doit etre adapte a la taille du bras (un brassard trop petit surestime la tension). Trois mesures espacees de 1 a 2 minutes sont realisees, et la moyenne des deux dernières est retenue.
L’automesure a domicile suit un protocole de trois jours consecutifs : trois mesures le matin avant le petit dejeuner et la prise de medicaments, trois mesures le soir avant le coucher, avec une minute entre chaque mesure. Les valeurs sont notees et la moyenne est calculee. Le diagnostic d’hypertension est pose si la moyenne depasse 135/85 mmHg.
La mesure ambulatoire de la pression arterielle
La mesure ambulatoire de la pression arterielle (MAPA) sur 24 heures est l’examen de reference pour confirmer un diagnostic difficile (hypertension labile, suspicion d’hypertension blouse blanche, evaluation d’un traitement). Le patient porte un brassard relie a un appareil enregistreur qui mesure la tension automatiquement toutes les 15 a 30 minutes pendant 24 heures, jour et nuit.

Cette mesure permet d’evaluer la variabilite de la tension, le profil nocturne (l’absence de baisse nocturne est un facteur de risque), et l’efficacite reelle d’un traitement. Elle est prescrite par le medecin traitant ou le cardiologue selon les indications.
Le bilan lipidique : cholesterol et triglycerides
Le bilan lipidique evalue les graisses circulant dans le sang : cholesterol total, LDL-cholesterol (le mauvais cholesterol), HDL-cholesterol (le bon cholesterol) et triglycerides. Il est central dans l’evaluation du risque cardiovasculaire.
Les composants du bilan
Le cholesterol total est la somme de toutes les fractions de cholesterol. Il donne une indication globale mais doit toujours etre interprete avec les autres parametres.
Le LDL-cholesterol est le principal contributeur au developpement des plaques d’atherome dans les arteres. Sa valeur cible varie selon le risque cardiovasculaire global : moins de 1,9 g/L pour les personnes a risque faible, moins de 1 g/L pour les personnes a très haut risque.
Le HDL-cholesterol joue un role protecteur en transportant le cholesterol vers le foie pour son elimination. Une valeur basse (moins de 0,4 g/L chez l’homme, moins de 0,5 g/L chez la femme) est un facteur de risque. L’activite physique, l’arret du tabac et la perte de poids augmentent le HDL.
Les triglycerides sont des graisses egalement impliquees dans le risque cardiovasculaire et metabolique. Leur elevation marquee (au-dela de 5 g/L) peut declencher une pancreatite aigue. Les triglycerides sont sensibles a l’alimentation (sucres rapides, alcool) et a l’activite physique.
Quand realiser le bilan
Un premier bilan lipidique est recommande a partir de 40 ans, ou plus tot en cas de facteurs de risque ou d’antecedents familiaux. En l’absence d’anomalie et de facteurs de risque, le bilan peut etre repete tous les 3 a 5 ans. En presence de facteurs de risque ou de traitement, le rythme peut etre annuel.
Le bilan lipidique etait traditionnellement realise a jeun (jeune de 12 heures). Les recommandations recentes acceptent un bilan non a jeun pour la majorite des indications, sauf si une mesure precise des triglycerides est souhaitee. Renseignez-vous aupres du laboratoire pour les conditions specifiques.
La conduite en cas d’anomalie
Une anomalie lipidique justifie d’abord des mesures hygieno-dietetiques : reduction des graisses saturees (charcuterie, fromage, viande grasse), augmentation des graisses insaturees (huile d’olive, poisson gras, oleagineux), reduction des sucres rapides, activite physique. Ces mesures peuvent reduire le LDL de 10 a 20% en quelques mois. La betterave rouge et santé cardiovasculaire font l’objet d’études cliniques solides : ses nitrates naturels réduisent la pression systolique de 4 à 10 mmHg, un effet hypotenseur complémentaire aux mesures diététiques habituelles.
Si les mesures hygieno-dietetiques sont insuffisantes ou si le risque cardiovasculaire global est eleve, un traitement medicamenteux par statines peut etre prescrit. Le choix de la statine, sa dose et la cible therapeutique sont adaptes au risque global et a la tolerance individuelle.
Le depistage du diabete
Le diabete de type 2 touche environ 5% de la population francaise et son incidence augmente. Sa detection precoce, idealement au stade de prediabete, permet d’engager des mesures preventives efficaces.
La glycemie a jeun
La glycemie a jeun est le test de reference pour le depistage. Elle se realise après un jeune de 8 a 12 heures, par une simple prise de sang. Les valeurs s’interpretent ainsi : glycemie normale en dessous de 1,10 g/L, prediabete entre 1,10 et 1,26 g/L, diabete au-dela de 1,26 g/L confirmee a deux dosages.
Le prediabete n’est pas une maladie en soi mais un signal d’alarme. Sans intervention, environ 40% des personnes en prediabete evolueront vers un diabete dans les 5 a 10 ans. La perte de poids, l’activite physique reguliere et l’amelioration de l’alimentation peuvent prevenir cette evolution dans la majorite des cas.
L’hemoglobine glyquee
L’hemoglobine glyquee (HbA1c) est un autre marqueur du diabete. Elle reflete la glycemie moyenne des trois derniers mois. Une HbA1c superieure a 6,5% confirme un diabete, entre 5,7 et 6,4% indique un prediabete. L’HbA1c n’est pas indispensable au diagnostic initial mais est utile en cas de glycemie limite ou pour le suivi des diabetiques.
Les facteurs de risque de diabete
Plusieurs facteurs augmentent le risque de diabete de type 2 : surpoids et obesite (particulierement obesite abdominale), age superieur a 45 ans, antecedents familiaux au premier degre, sedentarite, antecedents de diabete gestationnel chez la femme, syndrome metabolique. La presence de plusieurs facteurs justifie un depistage tous les 1 a 3 ans.
Le test FINDRISC (Finnish Diabetes Risk Score) est un outil simple permettant d’evaluer le risque de developper un diabete dans les 10 ans. Il se base sur huit questions et oriente la decision de realiser un depistage.

L’electrocardiogramme et les examens d’imagerie
L’ECG et les examens d’imagerie completent le bilan biologique pour evaluer l’etat structurel et fonctionnel du coeur.
L’ECG de repos
L’electrocardiogramme de repos enregistre l’activite electrique du coeur via des electrodes posees sur la poitrine, les bras et les jambes. L’examen dure quelques minutes et est totalement indolore.
L’ECG permet de detecter des troubles du rythme (fibrillation atriale, extrasystoles), des troubles de la conduction (bloc de branche, bloc auriculo-ventriculaire), des sequelles d’infarctus silencieux, une hypertrophie ventriculaire (consequence de l’hypertension chronique). C’est un examen simple, peu couteux, qui apporte beaucoup d’informations.
L’ECG est realise systematiquement dans le bilan de sante des Centres d’examens de sante. En cabinet liberal, il est prescrit par le medecin en fonction des indications. Il est pris en charge par l’Assurance Maladie selon les regles du parcours de soins.
L’echographie cardiaque
L’echographie cardiaque (echocardiographie) n’est pas un examen de depistage mais d’evaluation. Elle est prescrite en cas d’anomalie de l’ECG, de souffle cardiaque, d’insuffisance cardiaque suspectee, de pathologie valvulaire ou de bilan d’hypertension chronique.
L’examen est realise par un cardiologue, dure 20 a 30 minutes, est totalement indolore. Il permet de visualiser les cavites cardiaques, les valves, la fonction de pompage du ventricule gauche, l’epaisseur des parois. C’est un examen très informatif sans irradiation.
L’ECG d’effort et le scanner coronaire
L’ECG d’effort est prescrit pour evaluer la tolerance a l’effort en cas de symptomes (douleur thoracique a l’effort, essoufflement) ou avant la reprise d’activite physique intense chez un patient a risque. Il consiste a realiser un ECG en continu pendant un effort progressif sur tapis roulant ou velo. La detection d’anomalies a l’effort oriente vers une coronaropathie.
Le scanner coronaire (coroscanner) permet de visualiser directement les arteres coronaires sans cathetherisme. Il est utile pour evaluer le risque coronaire chez certains patients selectionnes, mais n’est pas un examen de depistage de masse en raison de son cout et de l’irradiation associee.
Le calcul du risque cardiovasculaire SCORE2
Le score SCORE2 est l’outil de reference europeen pour estimer le risque cardiovasculaire global a 10 ans. Il a remplace en 2021 l’ancien score SCORE et integre des donnees actualisees de la population europeenne.
Le principe du score
SCORE2 estime la probabilite de developper un evenement cardiovasculaire fatal ou non fatal (infarctus, AVC) dans les 10 ans a venir. Il prend en compte l’age, le sexe, le tabagisme, la pression arterielle systolique et le cholesterol non-HDL (cholesterol total moins HDL).
Le score est decline en deux versions : SCORE2 pour les personnes de 40 a 69 ans en prevention primaire, SCORE2-OP pour les personnes de 70 ans et plus. Pour les personnes diabetiques, des outils specifiques (SCORE2-Diabetes) integrent l’anciennete du diabete et les complications.
Les categories de risque
Les resultats sont classes en categories de risque : risque faible (moins de 5%), risque modere (5 a 10%), risque eleve (10 a 15%), risque très eleve (plus de 15%). Ces categories orientent l’intensite des mesures preventives et les cibles therapeutiques (notamment pour le LDL-cholesterol).
Les patients déjà atteints d’une maladie cardiovasculaire (antecedent d’infarctus, d’AVC, d’arteriopathie) sont d’emblee classes a très haut risque, sans calcul SCORE2 necessaire. Ils relevent de la prevention secondaire, avec des cibles therapeutiques plus strictes.
L’utilisation pratique
Le score est calcule par le medecin lors de la consultation, via un outil informatique ou un tableau. Il sert de support a la discussion sur la prise en charge : intensite des mesures hygieno-dietetiques, opportunite d’un traitement par statine, frequence du suivi.
L’objectif n’est pas de classifier les personnes mais de permettre une decision medicale personnalisee. Une personne a haut risque peut decider, en accord avec son medecin, de mesures intensives. Une personne a faible risque peut beneficier de mesures plus legeres avec un suivi adapte.
Pour completer la prevention au-dela du cardiovasculaire, consultez notre guide du bilan de sante a 40 ans qui aborde l’ensemble des examens recommandes.
La prevention secondaire
Les personnes ayant déjà eu un evenement cardiovasculaire (infarctus, AVC, arteriopathie) relevent de la prevention secondaire. Les mesures sont plus intensives : cibles tensionnelles plus basses, LDL-cholesterol cible très bas (souvent moins de 0,7 g/L), traitement antiplaquettaire systematique, beta-bloquants après infarctus, prise en charge de l’insuffisance cardiaque.
La prevention secondaire necessite un suivi specialise par un cardiologue, en complement du suivi par le medecin traitant. La rehabilitation cardiaque, prescrite après certains evenements, est très efficace pour reduire le risque de recidive et ameliorer la qualite de vie.